La force axiale du Tawhîd

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Si dès le début, l’Islam a pu s’implanter de façon tentaculaire dans un délai extrêmement court qui tient du miracle, qu’elle a pu vivre en paix avec les autres communautés prises sous sa protection, ce n’est ni par une supériorité militaire qu’elle n’avait pas, ni par étroitesse de vue mais par la force axiale de son credo : le Tawhîd (l’Unicité de Dieu = pivot universel), qui savait préserver la diversité au-delà des antagonismes et des dogmatismes. Le musulman n’avait alors de patrie que l’islam, se sentait partout chez lui, « citoyen » du monde en tant que fils du ciel et de la terre ; l’ « autre » n’était pas un problème mais par un regard positif posé sur lui dans la vision de l’Unique, un autre lui-même, source d’enrichissement. On assistait là à un véritable changement : l’abandon d’une mentalité tribale, nationaliste dirait-on aujourd’hui, pour une véritable « mondialisation » basée, non sur la puissance matérielle comme c’est le cas actuellement, mais sur la Culture, qui comme toute civilisation digne de ce nom, trouve son ancrage dans le Sacré .

Apport de la civilisation islamique

Situer l’homme dans l’humanité globale et dans le cosmos a toujours été la préoccupation constante de l’idéal islamique. Cette vision est fondamentale et elle seule permet de comprendre la grandeur de la civilisation islamique.

Le Tawhîd est l’axe vertical autour duquel s’articulent toutes les composantes du savoir ce qui fait que les savants musulmans ont toujours été des génies universels en ce sens que leur savoir n’étaient pas fragmenté. Leur approche basée sur l’Unicité absolue de Dieu faisait qu’ils ne perdaient jamais le fil conducteur et la vision globale des choses ; ils se contentaient rarement d’une spécialisation et si celle-ci avait lieu, elle ne conduisait jamais au cloisonnement. La conception même de l’université découlait de cette vision unitaire : ordonnée par la Mosquée, elle intégrait dans un ensemble organique toutes les sciences et leurs applications et c’est encore dans cet esprit qu’elle intégrait les étudiants de tous horizons et de toutes confessions.

C’est par cette dynamique qu’on n’hésitait pas à scruter la science des Anciens en la décryptant et en la restituant dans le contexte et la perspective islamique :

. Il en fut ainsi de l’étude du savoir grecque dont l’impact considérable sur les européens et les occidentaux d’une façon générale, ne recevra en retour qu’ingratitude. « Les européens se considèrent comme les héritiers directs de la civilisation Hellénique alors que la vérité des faits infirme cette prétention. La réalité tirée de l’histoire même établit péremptoirement que la science et la philosophie grecque ont été transmises aux européens par des intermédiaires musulmans. En d’autres termes, le patrimoine intellectuel des Héllènes est parvenue à l’Occident qu’après avoir été sérieusement étudié par le Proche-Orient et si ce n’étaient les savants de l’Islam et ses philosophes, les européens seraient restés dans l’ignorance totale de ces connaissances pendant fort longtemps, si tant est qu’ils soient jamais parvenus à les connaître. Il convient de faire remarquer que nous parlons ici de l’influence de la civilisation islamique et non spécialement arabe, et si leur langue était arabe, c’était seulement une conséquence de leur adoption à la religion islamique. »(1)

Pour exemple, au IXe siècle, on peut citer Al Fârâbî . Ce mathématicien, physicien, maître de logique, musicologue et surtout métaphysicien vivant à l’écart des mondanités, étudiant à Bagdad, fondera une analyse sur les travaux d’Aristote et de Platon. Toujours au IXe siècle, on peut encore citer Al Kindy, surnommé « la merveille de son siècle » ; mathématicien, médecin (son manuel d’optique influencera Roger Bacon), physicien, philosophe et musicologue, acteur central de la démarche de traduction en arabe des textes scientifique et philosophiques de l’Antiquité dont il en restituera des synthèses critiques. Se penchant principalement sur Euclide et Ptolémée, il fera progresser les méthodes grecques, notamment dans le domaine musical, par un notation alphabétique à une octave. Il n’écrira pas moins de 270 ouvrages.

. Il en fut ainsi de l’étude du savoir hindou. C’est à Al Kwarizmi, né en Perse au IXe siècle, qu’on doit le système de numérotation indienne, dit « chiffres arabes » (que les musulmans appelaient chiffres indiens) transmis à l’Europe par l’Espagne et la Sicile musulmanes. Qui pourrait nier la commodité de lire 999 au lieu de DCCCCLXXXXVIII, numérotation romaine alors en usage officiel ? essayez donc de traduire 5 846 722 110 293 en chiffres romains ! Qui pourrait nier également que ce nouveau système décimal appelé algorithme a bouleversé les mathématiques ? Al Kwarizmi écrira un livre : « al gebr » qui fera de lui le créateur de l’algèbre ; après lui, Al Hashani calcule le rapport π . Omar Khayyam nous gratifiera de la théorie des nombres irrationnels. Toussi, al Biruni et Abul Wafa travaillent sur les sinus et inventent la sécante plusieurs siècles avant Copernic. Sans tous ces grands, l’informatique n’aurait été possible.

La civilisation islamique a porté ses fruits dans tous les domaines . Voici une liste de quelques noms qui ont le plus contribué à la culture universelle :

-Geber (Djabir Abû Moussa Djafar Ibn Hayan Al Coufi). Né en Perse au VIIIe siècle, il écrivit plus de 3 000 ouvrages consacrés à la logique, la philo, la médecine, la physique, la mécanique et la chimie. Il était le plus illustre chimiste musulman et l’un des plus remarquable de tous les temps. Roger Bacon dira de lui : « Le maître des maîtres ». On lui doit des préparations telles que le Nitrate d’argent, l’oxyde rouge de mercure, le bi-chlorure de mercure, etc… » (2)
-Thabet Ibn Koura Al Harrani
né à la fin du VIXe siècle à Harran. On lui attribue 23 ouvrages dont cinq pour la médecine, les autres concernant les mathématiques, l’astronomie, la physique et la logique tout en étant surtout connu comme mathématicien, physicien et astronome. Il inaugure le calcul intégral et lie la géométrie à l’algèbre : il fut le premier à calculer l’aire de la parabole, de l’ellipse et du cylindre.
- Sinân Ibn Thabet 
né au début du Xe siècle, fils du précédent. C’est le promoteur et le premier organisateur des hôpitaux en terre d’Islam, le premier grand législateur des professions médicales et para-médicales. Il est également connu pour ses ouvrages de physique, d’astronomie et de philosophie.
- Al Battani 
né au VIXe siècle en mésopotamie. Grand astronome et grand mathématicien, il calculera l’inclinaison de l’écliptique et la précision des équinoxes.
Aboulcassis
(Abûl-Qassim Khalf Ibn Abbas Al Zahrwi), Andalou du Xe siècle. Ses œuvres abondamment illustrés notamment d’instruments chirurgicaux sont les documents chirurgicaux les plus anciens et les plus complets écrient durant un millénaire. Il étudiera le « mal de Pott » sept siècles et demi avant Perceval Pott. Il pratiquera la ligature des artères six sicles avant Ambroise Paré.
- Rhazès
(Abû Bakr Mohammed Ibn Sakariya Arrazi) fut, fin VIXe siècle, musicien et astronome fut le plus brillant médecin musulman de son temps et un authentique professeur de clinique à l’origine des premiers hopitaux d’enseignement. Il écrira plus de 200 dont le « kitab el Hawi » encyclopédie diagnostique et thérapeutique de l’époque. Traduit au XIIIe siècle, il fut le seul ouvrage possédé à la faculté de Paris qui réunissait toute la science médicale du monde depuis l’antiquité jusqu’en 925. son autre traité « el Kitab Al Mansouri » composé de 10 livres traitant successivement de l’anatomie, des tempéraments, des aliments et des médicaments, de l’hygiène et de la préservation de la santé à travers les facteurs psychologiques, de la cosmétique, du régime dans les voyages, de la chirurgie, des poisons, des maladies en général et enfin des fièvres fut également traduit en latin par Gérard de Crémone. Parmi ses autres nombreux ouvrages, on peut relever un livre sur la peste où l’on trouve les premières grandes observations cliniques des maladies éruptives conjointement à des règles hygiéniques remarquables. Une monographie décrira admirablement les périodes de la variole et de la rougeole, leurs complications et s’étendra longuement leur traitements prophylactiques et thérapeutiques. Il est également l’auteur d’un traité non négligeable de pédiatrie. C’est avec Rhazès, clinicien hors pair, qu’est née la clinique.
Ibn Haytham
(début du Xe siècle) Ophtalmologiste à qui l’on doit la première description anatomique de l’œil. Roger Bacon dans son « opus majus » copia son optique devenant le pionnier de la science moderne. Il écrira aussi 200 ouvrages consacrés à la philosophie, à l’astronomie, à la médecine.
Avicenne
(Abû Ali al Hussein Ibn Sînâ) né à Boukhara vers 980 : il rédigea plus de 250 ouvrages dont « le canon de la médecine » et « le livre de la guérison ». Traduit en latin, il représentera durant la Renaissance, la grande encyclopédie de la médecine. Ses méthodes de diagnostic seront en vigueur durant 800 ans.
Al Massaoudi
(Abûl Hassan Ali Ibn Hossein). Grand voyageur, il rapportera ses connaissances dans de nombreux et volumineux volumes, véritables encyclopédies d’histoire naturelle et de physique.
- Al Maswili 
(11e siècle), il guérit en l’an 1000 une cataracte par succion… opération qui ne sera réussi qu’en 1846 par le docteur Blanchet.
Averroes 
(Abû Al-Wahid Mohammed Ibn Rushd) né à Cordoue en 1126. Philosophe, médecin, juriste, physicien et astronome. Sa « théorie des trois classes d’esprit » influencera la scolastique juive et chrétienne.
- El Jazari 
(XIIIe siècle) Son ouvrage contient l’essentiel des conceptions mécaniques que l’on retrouve plus tard dans les ouvrages de léonard de Vinci.
- Ibn Khaldûn
(Abdel Rahmân Abu Zeyd, Ibn Khardûn) né à Tunis en 1332 d’une famille andalouse, originaire du sud de l’Arabie (mort au Caire en 1406). Son célèbre « Muqaddima » est une encyclopédie de savoir dans les domaines tel que la pédagogie, la linguistique, l’économie politique.. en même temps qu’elle jette les premières bases de sociologie cinq siècles avant Auguste Compte. Arnold Toynbee a reconnu, en 1935, qu’on n’en trouve l’équivalent nulle part.

Il serait fastidieux de poursuivre une liste encore bien longue. Toutefois, on signalera encore quelques réalisations, faits et incidences :
La première pharmacie publique s
‘ouvrira à Bagdad en 750. Il faudra attendre 1180 pour qu’il en soit ainsi à Paris.
Au treizième siècle sera construit l’Observatoire de Maragha
disposant d’un équipement unique au monde. Alphonse de Castillo, roi chrétien surnommé « le Sage » en fit l’imitation et établit les tables « alphonsines » recopiées des tables musulmanes.
La recherche des géographes
musulmans ont débouché sur l’établissement d’une cartographie précise de contrées aussi éloignées que l’Asie et l’Afrique.
Les fontaines, l’irrigation, le baromètre et les automates
feront suite aux travaux hydrauliques fondés sur la pression de l’eau et de l’air. L’horloge à eau offerte par le Khalife Haroun-el-Rachid à l’empereur Charlemagne est bien éloquente.
- Les termes d’origine et de racines arabe
incorporés dans presque toutes les langues européennes sont beaucoup plus nombreux qu’on l’imagine. Sans parler des mots passés dans le langage courant (café, divan, échec, limonade, sofa, alcôve, sorbet, alcool, carmin, cumin, safran…), il en est ainsi du mot chimie et de la plupart des termes techniques liés à l’astronomie.
Sur le plan littéraire, on peut relever que Goethe ne cache pas ce qu’il doit à Hafiz (XIV e siècle) dans son « divan oriental ». Aragon, dans son « fou d’Elsa » clame toute son admiration au poète soufi persan Djami. Dante, dans sa « divine comédie » empruntera au « Rissalat El-Goufran » les tableaux eschatologiques si fantastiques. Molière introduira des « turqueries » dans ses œuvres. Corneille puisa son inspiration dans la littérature épique arabo-islamique d’Espagne en écrivant une de ses plus belle œuvre : Le Cid. Montesquieu nous gratifiera de ses « lettres persanes ». Defoe s’inspira de Ibn Tufayl pour écrire son « Robinson crusoé », etc, etc…
Les mécènes
musulmans furent les plus grands bibliophiles de tous les temps, et ce dans toute la civilisation islamique. Pour prendre l’exemple de l’Espagne, on se rappellera qu’au Xe siècle, le Calife El Hakim de Cordoue avait une bibliothèque de 600 000 livres ; le roi Charles Le Sage (roi de France) faisait grise mine avec ses 900 livres. Le calife du Caire battait tous les records avec 1 600 000 œuvres, dont 6 000 de mathématiques et 18 000 de philosophie.
Le code civil français
fut emprunté au code musulman, Napoléon en ayant tiré profit lors de son expédition en Egypte.
En matière sportive,
le hockey fut découvert par les anglais en Inde musulmane ; le golf était connu au Maghreb sous le nom de agfa ; l’équitation fut associée à l’image du pur sang arabe ; la raquette qui vient de l’arabe Raha (paume) s’est répandue, au Moyen-âge, en Europe, via l’Espagne musulmane.
Les musulmans ont parlé de psychiatrie bien avant Freud
non pas en se basant sur le subconscient, bourbier qui fait remonter à la surface des choses qui devraient y rester enfouies, mais en se référant au superconscient qui unifie l’être -à l’instar de Dieu qui efface et transforme-. L’être humain est un triptyque « corps-âme-esprit » indivisible. Le conflit permanent âme-corps cesse en s’ouvrant sur une dimension au-delà de toute dualité : le principe unique et immuable qui nous constitue. Unifier l’être multiple, c’est cela toute guérison « Et quand tu es malade, c’est Lui qui te guérit » est-il énoncé dans le Coran. L’explication et la guérison de toute chose ne peut se faire que par le « haut » et non par le « bas ». Si nous étions enchaînés qu’à notre subconscient, comment pourrions-nous renaître ?
Histoire de la guérison d’une jeune névrosée par son médecin divin qui découvre son mal en l’interrogeant par des mots clés et observe ses réactions tandis qu’il lui prend le pouls pendant qu’elle est couchée : c’est l’histoire d’une jeune fille symbolisant l’âme charnelle : elle tombe malade parce qu’elle est séparée par le Roi (l’esprit) de l’objet de sa passion terrestre. Le Roi qui l’aime souhaite la guérir. L’intellect (‘aql) qui est le vizir de l’esprit intervient sous l’apparence d’un médecin, mais il ne réussit qu’à aggraver son état. Alors l’esprit implore humblement le secours de Dieu qui lui envoie Sa Beauté (djamal, reflet de la Raison universelle sou la forme d’un saint, d’un Homme parfait, directeur spirituel (murshid-i kâmil). Le médecin divin la guérit et elle s’unit au Roi, l’esprit, qui est l’objet de son véritable amour. Car « l’amour est le médecin de tous les maux ». (3)
- des échanges spirituels
très fructueux avaient lieu entre divers métaphysiciens. Au Moyen-Age, par exemple, des européens arrivés à un certain degré spirituel établissaient des contacts avec les soufis, la « Science sacrée » étant alors en pleine floraison dans le monde de l’islam. La « science des nombres » (‘ilm al arkam) comme « la science des lettres » en font partie. L’un symbolise le principe divin, les chiffres la multiplicité : l’unité se retrouve dans chaque chiffre, en fait sa personnalité sans en être affecté. C’est par cette présence et ses combinaisons que seront perçus certains « secrets » qui donneront lieu à des applications, comme la croisée d’ogive, connaissance transmise à l’Europe et dont on connaît l’importance en architecture.


Constat et perspective

Comparativement aux productions livresques qui envahissent le marché, on peut dire que les ouvrages rétablissant la vérité à propos de la civilisation islamique représentent un très faible pourcentage ; quant à ceux qui en parle comme d’un Pont entre l’Orient et L’Occident, ils sont encore moins nombreux. Un ferment revivifiant apportant à des civilisations mourantes l’âme d’une nouvelle vie, par un renouveau des sciences, des arts, de la sagesse et des lois, telle a été pourtant la civilisation islamique. Que les conquérants musulmans aient été le plus souvent accueillis en libérateurs explique leurs fulgurants succès politiques, culturels et scientifiques. « Ce n’était pas une invasion qui s’imposait par les armes, c’était une société nouvelle qui poussait de tous côtés ses vigoureuses racines... » (4) En parlant de Cordoue, surnommée « l’Athènes de l’Occident, Howard Le Fay nous confie que « son destin prestigieux n’a commencé qu’avec les Arabes pour s’évanouir à dire vrai, avec eux » (5). Effectivement, les musulmans firent de l’Espagne et de Cordoue en particulier, un joyau, une civilisation étayée sur des fondements monothéistes où chacun avait conscience de participer à l’élaboration d’une construction homogène qui tenait du prodige. Si aujourd’hui l’apport « mauresque » est reconnu, qui fait vraiment le rapprochement avec les potentialités de l’Islam ?

Ce qui aurait pu réunir l’Orient et l’Occident a avorté. Cet écart fomenté par une certaine ankylose et des dissensions internes, s’aggravera par les croisades, et continuera de s’aggraver :
-D’une part, les sciences ont progressé en occident dans une direction uniquement matérialiste. Aussi étonnantes étaient-elles, elles n’en étaient pas moins pathologiques et représentaient une véritable anomalie. L’Islam ne pouvait pas prendre ce « flambeau » sans lumière : adopter un système sans son pivot, c’est confectionner un tapis sans trame de fond.
-D’autre part, le colonialisme qui se poursuit actuellement sous forme d’une mondialisation matérialiste et hégémonique a acculé le monde islamique à un repli stratégique l’obligeant à se fractionner, à se nationaliser et même pour certains à se noyer dans un modèle désenchanteur.


S’il est vain et illusoire de penser qu’un retour à ce glorieux passé soit possible puisque selon les données traditionnelles les temps vont en se dégradant, il est toutefois nécessaire d’en tirer la leçon : la richesse est dans le meilleur. La mondialisation moderne irréversible doit obliger le croyant à redécouvrir l’universalisme constitutif de sa religion. Cette démarche est nécessaire pour ne pas -face à un tourbillon matérialiste qui touche le fond- être pris dans une tourmente dogmatique qui tente d’uniformiser l’islam (multiforme par essence) par un développement outrancier du « fiqh » (qui à l’origine ne signifiait pas « jurisprudence » mais « réflexion » et « compréhension ») au détriment des autres disciplines et de la spiritualité. En réaction à un repli, à un désenchantement, à l’impérialisme, vouloir fondre le local et le particulier dans le global à cause de la difficulté à obtenir des réponses adaptées pour une communauté musulmane toujours plus diversifiée dans une époque toujours plus terrible, est réduire l’Islam à une peau de chagrin. La solution est dans la redécouverte de son fondement spirituel qui permet d’agir et non pas seulement de réagir, afin que l’Islam ne devienne pas une utopie mondialiste mais reste une réalité toujours vivante, une nourriture et un bel-agir qui unit au-delà des perturbations, des querelles et des différences. Au volant, une automobile ne peut avancer que si le moteur lui en donne l’impulsion. « Dieu ne modifie rien en un peuple avant que celui-ci ne change ce qui est en lui. » (Coran XIII, 11) ». La vie est dans le battement du cœur .
________________________________________
(1) Esotérisme islamique et Taoïsme, René Guenon. Ce ne sont pas les croisades qui instruisirent l’Europe mais les traducteurs de l’école de Salerme et de Tolède.
(2) Voir « Médecin et médecine de l’Islam » de Sleim Ammar, Editions Tougui
(3) Voir « Rûmi », p, 133, Eva de Vitray Meyerovitch, seuil 1977
(4) A l’ombre de la cathédrale, Blasco Ibânez
(5) Condensé de National Geographic, selection du Reader’s digest, Février 1976

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Publié dans : ||le 14 février, 2007 |16 Commentaires »

16 Commentaires Commenter.

  1. le 28 août, 2007 à 23:05 mat écrit:

    Etant principalement concerné par ces questions de transmission du savoir grec en Occident, c’est à dire la partie occidentale de l’Europe en référence à l’Empire romain, je ne peux que m’offusquer de cette ânerie véritable que les arabo-musulmans sont les dépositaires de la science grecque.
    Les savants arabes grâce aux nombreux échanges qu’ils eurent avec leurs homologues byzantins et dès le IX siècle ont pu entrevoir les ressources et la profondeur de pensée des Grecs de l’Antiquité. Je ne nie en aucun cas l’intérêt porté par les scientifiques et lettrés musulmans qui produisirent à cette époque leurs plus grandes réalisations mais il est fâcheux d’oublier cet Empire millénaire que fut Byzance en rapport constant avec le califat et les principautés musulmanes. Pensez à l’importance des travaux de Léon le Mathématicien et de ses disciples qui furent invité de nombreuses fois à la cour du calife. Il en est de même pour une multitude d’intellectuels. Vérifiez vos sources, allez fouiner, ne vous laissez pas abuser et comprenez l’Histoire dans son ensemble, dans sa complexité.

    D’autre part, après la chute de Constantinople (1453) ce sont les savants byzantins et non arabes qui fuyèrent en Italie (à Venise ou à Florence) afin de ne pas dissoudre tout ce savoir antique. Le grec ancien fut ainsi appris dans les écoles italiennes, et un large mouvement de redécouverte de l’Antiquité débuta alors, phénomène que les historiens appelèrent la Renaissance… Pensez aux manuscrits grecs qui sont quasiment tous en Europe, Genève, Paris, Londres, Madrid, Vatican…

    Quelle tristesse que de constater tant d’ignorance dans votre culture historique en tout cas sur ce point qui m’est cher!

  2. le 29 août, 2007 à 12:00 mat écrit:

    Des transmetteurs…? Excusez ma persévérance mais essayez aussi de comprendre les erreurs que vous divulguez. L’objectivité réside plus dans les dires des historiens de l’Islam et du monde proche oriental tel que Claude Cahen, Dominique Sourdel, Robert Mantran, etc, que dans les propos d’un philosophe certes intelligent mais qui se préoccupe plus de spiritualité que de la vérité historique.. Je devrai plus en vouloir à René Guenon car il vous a induit en erreur en ne prenant qu’un aspect en considération.

    Mais cela est compréhensible car à l’époque où René Guenon étudie et écrit, l’histoire du Proche Orient est très mal définie et son étude n’en est qu’à ses premiers balbutiements. Mais c’est à vous de réfléchir, de comprendre qu’il ne s’agit pas là d’un patrimoine mais d’un héritage commun à tous. L’hellénisme et sa puissance s’ouvre à tous les coeurs désireux et ouverts à la connaissance. Il ne faut pas opposer deux civilisations mais comprendre leurs similitudes. Il faut cesser de diviser et surtout ne pas comparer mais se contempler et s’instruire. Prenez l’image de Sainte Sophie face à la mosquée bleue…

    Qui pourrait les juger.. Elles ont chacune leur histoire et s’admirent pour l’éternité.

  3. le 29 août, 2007 à 15:11 mat écrit:

    Juste une dernière remarque cher Monsieur, puisque je sens que je vous agace..

    Pourquoi mettre en concurrence des civilisations qui sont imbriquées l’une dans l’autre et tributaire de l’héritage gréco-romain? Un exemple: vous dites que Al Maswili au XI siècle soigna la cataracte; certes et je ne contredie pas cela. Mais savez vous qu’Hippocrate réalisa la même opération au V siècle avant notre ère. Il ne s’agit pas là de retracer la paternité de chaque « invention » mais sachez que toute nouveauté artistique ou scientifique ne peut être originale au sens premier du mot.

    La civilisation islamique des premiers temps fut une très grande civilisation mais au même titre que bien d’autres. Il n’y a jamais eu de monopole du savoir. Cette démarche qui est la vôtre et qui consiste à asséner que la civilisation islamique a toujours été la première en tout est totalement vaine. Il n’existe pas de supériorité entre les civilisations. Les âges d’or sont devant nous et non derrière.

    Bonne journée

  4. le 31 août, 2007 à 12:40 aminour écrit:

    Bonjour,
    En écrivant « la force axiale du Tawhid » était-il vain d’espérer que soit rétabli une vérité longtemps occultée, suspectée et encore défigurée… à savoir reconnaître à sa juste valeur l’apport de la civilisation islamique ? Ainsi que son originalité en tant que dernière Tradition récapitulative, basée sur l’Unicité divine ?
    Toute grande civilisation étant fondée sur le sacré, toute la richesse qui en émane est admirable et appartient à l’humanité entière. Loin de moi donc l’idée d’opposer des civilisations quelles qu’elles soient : elles doivent recueillir toute notre admiration et en cela, vous avez bien raison ; c’est bien ainsi que les musulmans l’avaient compris puisqu’ils n’ont pas hésité à scruter puis à transmettre les savoirs antérieurs en y apportant leur propre contribution sans jamais penser qu’ils en avaient le monopole qui n’appartient qu’à Dieu (Il est notre Enseigneur et nous fait savoir ce qu’Il veut) et tout cela constitue le patrimoine de l’humanité. Nous constatons là que la spiritualité n’est pas contraire à la vérité historique… si donc vous connaissiez l’envergure, la raison d’être et le but de l’œuvre de René Guenon, vous ne mettriez pas en doute son objectivité –et vous ne l’accuseriez pas à tort- d’autant que celui-ci a continué son œuvre jusqu’en 1951 (date de sa mort en Egypte) quand Mantran, par exemple, découvrait la Turquie en 1945 !

    p.s. Avez-vous lu « le règne de la quantité et les signes des temps » (Gallimard) de René Guenon ?

  5. le 1 avril, 2008 à 17:02 Jarlaxle écrit:

    Bonjour, merci pour ces précieux éclairages quoique je ne partage pas entièrement votre vision de l’histoire qui me semble plus téléologique et déterministe que véritablement objective.
    Je voulais justement connaître votre position et celle de l’Islam à propos des sectes contemporaines ou de ce que l’on appelle communément dérives sectaires, qui constituent un véritable sujet de société. L’Islam reconnaît-elle ces « Eglises », au même titre que les autres religions du Livre?

    Que la paix soit avec vous.

  6. le 2 avril, 2008 à 10:09 aminour écrit:

    Salam,

    Merci pour votre passage.

    Avoir des visions différentes fait partie de la multiplicité des points de vue…

    Pour ce qui est des dérives sectaires, je vous invite à lire cet article : http://aminour.unblog.fr/tag/derives-sectaires/page/3

    Bonne journée.

  7. le 10 juin, 2008 à 10:28 Jarlaxle écrit:

    Bonjour,
    Je m’étonne des nouvelles accusation de prosélytisme en Algérie (voici un des liens http://www.lefigaro.fr/international/2008/05/27/01003-20080527ARTFIG00530-algerie-prison-ferme-requise-contre-six-chretiens.php…) Or il me semblait que le Coran reconnaissait une forme de liberté d’expression en matière religieuse (et je ne parle même pas de la liberté tout court) : « Nulle contrainte en religion! » (2:256)
    Pourquoi un tel silence de la part de la communauté musulmane française? Ne serait-ce justement pas
    l’occasion de prouver que tolérance et Islam peuvent-être conciliables?

    Que la paix soit avec vous.

  8. le 11 juin, 2008 à 17:10 aminour écrit:

    Bonsoir et paix avec vous aussi.

    J’ai cliqué sur le lien indiqué : je n’ai pas trouvé l’article en question.

    L’Islam englobe la diversité par la force de son credo, le Tawhid (unicité divine) : « Il n’y a de dieu que Dieu », l’Unique ; s’Il est Unique, c’est qu’Il est le même pour toute l’humanité quelque soit la forme par laquelle Il se fait connaître.
    Cette vision universelle est inscrite dans les textes. Et dans les faits également puisque dans tous les espaces musulmans, depuis l’aube de l’Islam – et c’est le Prophète qui a montré l’exemple-, juifs et chrétiens ont eu droit de cité, ont été protégés et ont conservé leur propre juridiction. Le dialogue avec eux est de mise : « Ne discutez avec les gens du Livre que de la manière la plus douce » (Coran XXIX, 46). Même pour prêcher, l’injonction est claire :
    « Appelle au chemin de ton Seigneur avec la sagesse et la bonne exhortation, puis discute avec eux sur un ton modéré » (Coran V, 125) après quoi chacun est libre. « Ta mission n’est pas de leur imposer la foi. »(Coran L, 45)

    Si des personnes ont pu être inquiétées ce n’est sûrement pas parce qu’elles étaient juives ou chrétiennes –il n’est pas permis de le faire- mais pour des faits condamnables, des agressions ou alors par intrigues politiques.
    En ce qui concerne cette affaire en particulier, je n’en connais pas les tenants et les aboutissants pour me prononcer et quand bien même aurai-je lu l’article, je demeurerais peut être très circonspect quant à la version journalistique.

    Il faut savoir que les évangélistes ne vivent pas paisiblement parmi les musulmans. C’est une secte aux antennes mondiales issue de l’Amérique protestante impérialiste et sioniste qui s’implante et emploie des méthodes malignes, arrogantes et même agressives de conversion assorties d’un discours haineux contre l’Islam. Qui est intolérant, je vous le demande ? Par une curieuse inversion, subtilement opérée par une presse détenue par les puissants qui n’en ont rien à faire de Dieu et de La Vérité, c’est aux musulmans de prouver la tolérance de leur religion après qu’on ait « prouvé » son intolérance ! Sans négliger qu’il puisse y avoir des susceptibilités exacerbées dans le climat international inique actuel, n’ont-ils donc pas le droit de résister à ce qui est un réel danger ? (Ce qui ne doit pas être laissé à l’initiative individuelle bien-entendu). Cette secte, solidaire et complice d’une politique belliciste -qui met tout en œuvre pour convaincre que les chrétiens sont une minorité persécutée- plus que friquée, organisée et chasse gardée représente également un danger pour les chrétiens selon l’orthodoxie, à savoir les catholiques et les orthodoxes où elle s’est infiltrée et fait des ravages en sapant leur doctrine de l’intérieur pour les gagner à leur cause idéologique.

    Les gens sont vraiment loin de se douter de ce qui se trame sous les apparences…..

    Cordialement.

    Si cela vous dit :
    http://aminour.unblog.fr/tag/rencontre-inter-religieuse/heredite-spirituelle/
    http://www.doctrine-malikite.fr/index.php?action=article&numero=65
    http://aminour.unblog.fr/tag/islam/definition/
    Lire aussi le [3] dans : http://aminour.unblog.fr/2007/03/23/nouvelles-religions-et-derives-sectaires

  9. le 1 août, 2008 à 14:27 Jarlaxle écrit:

    Bonjour,

    Il existe de nombreuses traductions du Coran en Français, et je dispose moi-même de la version traduite par Jean Grosjean et éditée en Folio. Est-ce selon vous une bonne version? Ou y en aurait-il d’autres que vous pourriez éventuellement me conseiller?

    Amicalement

  10. le 1 août, 2008 à 22:16 aminour écrit:

    Bonsoir,

    Je ne connais pas la version de Jean Grosjean pour vous livrer mon opinion. Jusqu’àlors je conseillais la version de Jacques Berque ou celle de Hamidullah mais une autre version est vraiment à recommander, celle de Abdallah Penot aux éditions Alif.

    Au plaisir de vous lire. Que Dieu vous ait en Sa Miséricorde.

  11. le 8 septembre, 2008 à 14:04 aminour écrit:

    Ajout :

    On me signale une autre excellente version :

    celle de Mohammed Chiadmi aux éditions Tawhid.

  12. le 28 novembre, 2008 à 18:58 Mat écrit:

    Suite à nos discussions, je me suis intéressé en profondeur à l’islamologie.
    Un des points dont j’aimerai avoir votre avis porte sur la compilation des courates du Coran fait sous Uthmân. Que pensez-vous des sourates abrogeant d’autres sourates? Le message révélé s’en trouve moins clair. Et l’unicité perd de son essence a priori.

    Aussi que pensez-vous de l’ijtihâd (que l’on pourrait traduire par exègèse)? Quel dommage pour l’Islam d’avoir cessé sur ordre califal au X siècle l’interprétation des textes coraniques!!! Faut-il reprendre cette pratique mais quelle autorité pourra la confirmer?

  13. le 28 novembre, 2008 à 23:06 aminour écrit:

    Bonsoir,

    Bien du temps s’est passé depuis votre dernier passage…

    Même si j’ai mon avis sur la question, je ne suis pas jurisconsulte.
    De plus, je n’ai malheureusement que peu de temps et, pour raison familiale, suis dans l’obligation de déserter ce blog pour une dizaine de jours. Je vous renvoie donc à cette adresse :

    http://www.doctrine-malikite.fr/index.php?action=rubrique&numrub=5&PHPSESSID=5fa300d2af83dc37e214540fe545d55a

    qui vous apportera des éléments de réponse ; vous pouvez d’ailleurs les contacter si vous voulez plus d’informations.

    Cordialement.

  14. le 14 décembre, 2008 à 22:12 Mat écrit:

    L’article est très intéressant et m’éclaire un tant soit peu. Le problème qui n’est pas soulevé et qui mérite de l’être pour tout bon musulman est que le Coran se contredit donc. Il est donc nécessaire de remettre en cause l’unicité du Livre saint et comprendre alors son origine humaine mais inspirée.

    J’imagine qu’en écrivant ces mots vous allez penser que je souhaite réduire à néant le message du Messager (de l’angellos, dirions nous en grec). Mais ce n’est pas ma démarche. Je voudrais savoir en réalité pourquoi les musulmans sont si tatillons quant à l’interprétation. Les contradictions sont bien réelles, les exemples sont pléthores. Bien évidemment, les élucubrations théoriques et théologiques peuvent toujours trouver un sens. Mais est-ce le sens de Dieu?

    Je pense que ces débats ne doivent pas être relégués à la caste des islamologues car ils permettent la véritable intellection et du parcours politique du prophète et du message de ce dernier. Le Coran incite de lui-même à l’herméneutique. Quand va t’on arrêter de se voiler l’esprit (sans mauvais jeu de mots)?

    Je crois que pour un mécréant tel que moi fasciné par l’Orient et par son désir d’éternité (et depuis fort longtemps bien avant l’Islam), l’Islam aurait tout à gagner à l’introspection et à abandonner l’intransigeance. L’Europe semble être un bon terrain pour accomplir cette expérience qui marqua pendant les premiers siècles de l’Islam (VII-X siècles) la grandeur de cette religion. Ce n’est pas un problème juridique mais essentiel.

    Qu’en pensez vous?

    PS: j’espère que tout va bien pour votre famille.

  15. le 18 décembre, 2008 à 14:49 aminour écrit:

    Bonjour,

    Merci, tout va bien.

    Imputer au Coran une origine humaine sous prétexte qu’on y voit des contradictions incompatibles avec l’Unicité divine, c’est faire grand cas de notre petite mesure.
    La Vérité, au-delà de la condition temporelle, se révèle dans le temps par des supports et sous des apparences adaptées. Dieu nous parle avec nos mots par tous les aspects –parfois contradictoire- de notre être pour nous « saisir » ; c’est ainsi que diversité et succession temporelle sont des points d’appui et des repères de salut qui n’entament en rien Son Unicité, ni l’Unicité de Son Verbe fait Livre. Dieu sait bien où, quand et comment placer Son Message. Les défauts et les contradictions n’existent qu’en nous, dans la limitation de notre champ de vision. Pour avancer, il est profitable de prendre conscience de notre indigence plutôt que de voir des défectuosités -qui ne relèvent que de cette indigence-, là où il ne peut y en avoir.

    « Ne méditent-ils donc pas sur le Coran? S’il venait d’autre que Dieu, ils y trouveraient certes maintes contradictions (ou discordances).» (Coran, IV, 82)

    L’Unicité divine englobe tout, c’est en Elle que l’Univers apparait divinement dans chacun de ses aspects innombrables et c’est en Elle que toute contradiction apparente -par notre vision limitée- se résorbe.

    Puisque nous existons dans le temps, abrogeant et abrogé permettent non seulement d’envisager une méthode pédagogique de transformation, mais également une certaine relativité de la loi par rapport au temps. Dieu sait ce qui nous convient au moment propice.
    Si l’on prend d’autres notions contradictoires telles que l’espoir et la crainte, par exemple, en réalité, elles se complètent pour un équilibre nécessaire et positif dans l’Unicité. Il en va de même pour tous les degrés de signification de la Parole divine qui ne peuvent jamais se contredire mais se compléter.
    Je prendrais également un autre exemple pris dans le Christianisme que j’ai déjà traité dans un article (voir http://aminour.unblog.fr/tag/rencontre-inter-religieuse/heredite-spirituelle) : quand St Jean Baptiste nie d’être Elie et que le Christ (que Dieu le salue) affirme le contraire -contradiction apparente qui se résout par la différence des rapports envisagés- (car Elie n’est pas seulement Elie mis aussi une famille spirituelle), sous prétexte que Dieu ne peut se contredire, un tel paradoxe serait exploité à fond s’il avait lieu entre deux religions. De même, nombreux concepts chrétiens sont incompatibles avec la Tradition juive. Ce qui justifie ces différences, c’est d’une part leur symbolisme spirituel, d’autre part, leur efficacité salvatrice. Comme je l’ai déjà dit ci-dessus, la Vérité qui est au-delà de la condition temporelle, se révèle dans le temps, sous des apparences adaptées, points d’appui, repères de salut et de méditation.

    Ce n’est pas par les islamologues qui ne voient que les choses de l’extérieur, qu’ont peut connaître l’Islam mais uniquement par la foi. Comment alors faire comprendre ce que seule la foi peut donner à un cœur voyant ?

    Vous dites : « est-ce le sens de Dieu ? » ; les sens sont multiples et chaque sens à sa place dans l’économie traditionnelle car « …Comment la connaissance pourrait-elle englober Celui que la pensée n’atteint pas, que la raison ne cerne pas, que l’esprit n’imagine pas, et dont la manière d’être échappe à la réflexion ! La plus savante des créatures à Son sujet, est celle qui reconnaît avec le plus de force son impuissance à saisir Sa grandeur …. » (Junayd)

    Vous parlez également d’intransigeance, de quelle intransigeance, par rapport à quoi ? De l’Islam ou de certains musulmans ? Les musulmans ne sont pas un bloc monolithique et leur diversité est très surprenante ; l’Islam en tant que récapitulation et rappel est adapté à la nature humaine prise dans sa diversité et à tous ses degrés. Allez à la rencontre de musulmans chinois, soudanais, indonésiens, etc… à la rencontre de juristes, de spirituels, vous comprendriez.

    Si vous avez un désir d’Eternité, vous n’êtes pas aussi mécréant que vous le pensez. Lisez cet article : http://aminour.unblog.fr/tag/thmes-de-reflexions/lage-sombre Le problème n’est effectivement pas juridique mais essentiel !

    P.S
    Permettez moi de vous présenter un site qui vous plaira sûrement :
    http://www.limbes.be

    Je vous souhaite une bonne soirée.

  16. le 18 décembre, 2008 à 23:26 Mat écrit:

    Tout cela est très intéressant. J’aime à constater que vous voyez une relativité possible dans la loi, que des transformations peuvent exister.
    Je connais bien la pluralité des mondes musulmans, je vous remercie de la mentionner. Lorsque je parlais de désir d’éternité c’était celui attaché à l’Orient. Ayant étudié les sociétés antiques du Moyen Orient de Babylone aux Séleucides, j’ai toujours été fasciné par la nécessité du pouvoir politique de rechercher en Marduk, Baal, Yahvé ou encore Ammon un pilier intangible de vérité.

    Bref, pour une fois, j’apprécie bcp que vous ayez pris le temps de me répondre. Le Coran montre bien la voie de la multiplicité d’interprétations possibles et de la relativité contenue pour vous en Dieu et pour moi dans l’homme.

    A mon humble avis, je pense qu’il est possible pour bien des recommandations de Muhammad d’y trouver un sens tout à fait concret et surtout « contextualisable ». L’idée de contextualisation est au coeur de mon prisme d’analyse.

    Je vous conseille la lecture du grand ouvrage de référence sur la vie de Muhammad paru il y a longtemps mais réédité récemment: Maxime RODINSON, Mahomet, Points Seuil Essais. Véritablement passionnant et très documenté. Un point vous semblera absurde certainement (l’islam comme idéologie) mais je vous assure que la lecture en vaut la peine.

    « Aux mains grandes ouvertes lorsque les étoiles étaient avares de pluie »… (Ibn Hisham)

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