Le calame : prolongement de la main

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Le geste est mis en scène par le calame,  » navette  » dont le va-et-vient, de ligne en ligne, tisse le texte animé par l’esprit de l’artiste ; la qualité du roseau, la chair, le gras, l’os ainsi que les dimensions sont choisis par le calligraphe qui entaille lui-même le calame, lui donnant ainsi l’empreinte de son corps. Mon maître avait préparé mon premier calame, de coupe moyenne, les autres calames, je les ai ajustés à la convenance de ma main. Il m’est arrivé, plus tard, de tailler les calames du maître à sa demande. Avant de changer de direction, on pose le calame sur l’oreille, comme pour l’écouter ; il y a comme un dialogue entre l’artiste et son outil. Un adage dit de mettre le calame sur l’oreille, car il te souffle ce que tu dois écrire ; c’est une façon de réfléchir, de na pas oublier la forme de la composition : c’est un moyen de voir et d’entendre. En calligraphiant, le calame produit une résonance selon la coupe et la forme de ses lignes. Au cours de mes enseignements, je pouvais découvrir la faute d’un élève par le grincement du calame qui est différent selon la direction des lignes : horizontales, verticales.

La qualité de l’outil est dans l’art de la coupe biseautée de sa tranche ; le disciple acquiert ce savoir-faire car il ne s’enseigne pas ; le maître se contente de dire que le roseau ne doit pas être ni trop dur ni trop fragile. Le calame est le prolongement de la main qui est la continuation du corps et de l’esprit ; un adage dit à l’homme :  » Ne sois pas trop dur car on te casserait, ne sois pas trop faible car on t’écraserait « . Ceci est aussi valable pour le calame. L’art de la ligne commence donc dans l’art de la coupe. Chacun choisit l’outil qui lui convient ; s’il est trop dur, il déchire le papier, s’il est faible, la fente s’élargit et l’encre s’écoule trop rapidement sur la page.

Le travail du calame est de fixer la position de sa tranche, tandis qu’elle révèle la forme graphique, comme les rayons du soleil, dans un péristyle, dessinent les colonnes en projetant leur ombre sur le sol. Ces ombres ressemblent à la calligraphie et l’enluminure s’apparente au soleil qui éclaire la trace du passage du calame. Ne dit-on pas que la calligraphie est l’ombre de la pensée ?

Le calame laisse sur la page pleins et déliés qui correspondent aux mouvements de son corps profilés comme la lune qui  » va de son croissant à son plein en même temps qu’elle dérive de Vénus à Jupiter et au-delà  » écrit Alain. Il se déplace comme l’oiseau ou la gazelle et lorsqu’il prononce un mot, on dirait un souffle du vent ou de la mer. On désigne une belle page d’écriture comme un pan de ciel dans lequel on regarde les passées d’oiseaux transmettre des nouvelles comme le calame dans une page d’écriture. L’abondance de comparaisons avec la nature se retrouve chez tous les artistes.

Le degré d’inclinaison du calame varie selon la forme écrite, Thuluth, Diwânî… et dans avec le corps du calligraphe qui compose. Le calame a plusieurs facettes : le ventre, le dos et l’intermédiaire ; il tourne dans la main et, comme un mouvement astral, chaque fois, il offre une gamme de lignes qu’aucun autre outil que le roseau n’a pu offrir. Les mystiques soufis disent que le cœur du croyant est entre les deux doigts de la main de Dieu, comme un calame tenu par le calligraphe.

(Extrait d’un article de Ghani Alani, maître calligraphe, paru dans Bulletin du CCA) 

 

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Ghani Alani

« Toute la création peut se résumer dans le seul tracé du Nom d’Allah »

Ghani Alani, maître calligraphe, est issu de l’école de Bagdad qui remonte aux fondateurs dont El Aonel et également héritier de l’école turc par le maître Hamid El Amidi.

Son enseignement est dispensé à travers le monde depuis de nombreuses années. Ses nombreuses expositions en Europe et dans les pays arabo-musulmans sont accompagnées de conférences et d’ateliers.

Son voyage à travers la lettre est un parcours initiatique. Il dira :
« Je suis né avec les lettres, j’ai loué et prié Dieu avec elles. J’ai tracé mes premières lettres sur mon cahier d’écolier comme tous les enfants de mon âge à l’école coranique (équivalent de l’école maternelle) pendant le temps des vacances. Le cours d’écriture coranique reste par définition de la calligraphie, car il concrétise bien ce qu’est le Verbe divin. Ce cours était immédiatement suivi d’un cours de psalmodie coranique (le « tajwid ») Cela m’a incité à rapprocher ces deux arts. ﴾…﴿ Mes études de calligraphie avec mes maîtres m’ont permis de découvrir le chemin de la vie intérieure….. » 
(Ghani Alani (Irak), la calligraphie)

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Publié dans : â–  ART :, - Calligraphie (1) |le 2 janvier, 2007 |Pas de Commentaires »

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