FORME ET SENS

copiedebasmala.gifToute Ecriture sacrée -expression en langage humain de la Parole divine incréée- est « signes », c’est-à-dire la Vérité symbolisée, autrement dit, limitée par un certain degré d’existence. Le symbolisme permet d’englober tous les degrés de cette existence, comprenant en lui-même tous les développements possibles, comportant des significations indéfiniment variées, inépuisables. C’est le seul moyen adapté à la nature humaine, pour que la vérité soit accessible – même dans la moindre mesure- à tous.

Le symbolisme n’est donc pas « une rêverie où les fantaisie individuelles peuvent se donner libre cours », mais « une science exacte » car « Tout véritable symbole porte ses multiples sens en lui-même, et cela dès l’origine, car il n’est pas constitué comme tel en vertu d’une convention humaine, mais en vertu de la « loi de correspondance » qui relie tous les mondes entre eux ; et, tandis que certains voient ces sens, d’autres ne les voient pas ou n’en voient qu’une partie, ils n’y sont pas moins réellement contenu, et l’horizon « intellectuel » de chacun fait toute la différence. » (1) Et il ne faut pas croire que la considération des sens supérieurs s’oppose au sens littéral : la superposition d’une pluralité de sens, loin de s’exclure, s’harmonisent et se complètent.

Le symbolisme suggère l’inexprimable, qui comme son nom l’indique, ne peut se communiquer directement. La forme suggère le Sens c’est-à-dire une réalité plus profonde ; c’est au moyen d’images prises dans notre monde sensible qu’elle devient accessible. Ce passage du plan terrestre au plan céleste s’actualise par :

- des récits mythologiques. Le mythe n’est pas une fiction, c’est un récit édifiant qui permet une transposition de l’inférieur au supérieur par correspondance analogique entre les mondes.

- des paraboles.. « Dieu parle aux hommes en paraboles, afin qu’ils réfléchissent » (Coran, XIV, 25) par lesquelles l’objet intelligible peut devenir aussi évident que l’objet sensible qui le symbolise.

- des récits historiques. Tout événement extérieur est une image sensible de ce qui se passe à l’intérieur.

- Des descriptions naturalistes : l’Univers en son entier est un symbole. Si le monde a quelque réalité, c’est en tant qu’œuvre divine. Par cette omniprésence, tout est « signes » à qui peut voir. Ainsi, la nature dans sa grandiose beauté, nous laisse percevoir un peu de la Beauté divine. On ne peut regarder directement la lumière sans être aveuglé, c’est la vision des choses et des couleurs qui nous la révèle et nous donne une perception de la lumière spirituelle ; et quand bien même serait-on aveugle des yeux, les sens corporels sont encore des lumières qui nous permettent de saisir les choses : par l’audition , la sensation, le toucher, l’odorat… qui vont nous donner un aperçu des réalités spirituelles. C’est par les formes que nous viennent les éclairs de clairvoyance sur le sens des choses.

« Les formes révèlent le sens profond et l’expliquent, car tout le monde ne parvient pas au sens et ne voit pas la beauté du sens devant les yeux. La forme voit la forme et l’âme voit l’âme. Donc, il est nécessaire de revêtir d’une forme le sens, afin que ceux qui ne connaissent que la forme découvrent l’existence du sens et croient un peu à ce sens.

Les cieux ont été créés sous un aspect très élevé, afin de faire comprendre ce que sont les hauteurs de l’âme. Donc, puisque l’élévation des cieux est attribuée à l’âme et est sans qualifications, son hauteur est au-delà des mesures de l’espace. Elle est spirituelle. Il en va de même quand tu dis : « Cet homme est supérieur à tel autre homme. » Cette supériorité ne dépend pas de l’apparence, elle dépend de l’estime, de la valeur, du degré de la perfection. C’est comme quand tu dis : « Le dinar est supérieur au dirham. » Sa supériorité ne dépend pas de la forme, mais de la valeur et du prix. Si on place le dirham sur la terrasse d’une maison, et le dinar au-dessous de la terrasse, le dinar demeure supérieur et le dirham inférieur, car la supériorité ne dépend pas de la forme. Comme dans le monde spirituel et sans qualifications, il y a des hauteurs abstraites, et ceux qui ne s’en tiennent qu’à la forme ne sont pas capables de les apercevoir. C’est pourquoi l’élévation du ciel symbolise ces hauteurs afin qu’on sache ce qu’est la hauteur. De même, la terre est un symbole qui permet de comprendre le bas. S’il n’existait pas de haut et de bas dans le monde abstrait, ces deux dimensions n’existeraient pas dans le monde matériel….De même, les prodiges et les miracles se présentent sous une certaine forme. Ils sont destinés à ceux qui nient et ignorent les miracles et les prodiges purement spirituels.

Donc, ces prodiges apparents sont destinés aux faibles qui ne peuvent parvenir à comprendre les prodiges spirituels. Ainsi le déluge de Noé, qui a pris forme, symbolisait un des déluges de l’âme ; la métamorphose et l’engloutissement dans la terre provoqués par Dieu symbolisent des phénomènes dans le monde des âmes. Les âmes de cent mille personnes, grossières et de mauvaise conduite, qui s’opposaient aux commandements de Dieu et manquaient de soumission envers Lui, ont été métamorphosées. Cette métamorphose de l’âme n’est pas perceptible à tous. La métamorphose de la forme a été rendue apparent afin que ceux qui ont une vision faible et qui ne voient que la forme comprennent tout de même un petit peu et qu’ils sachent ce qu’est la métamorphose de l’âme. Donc, tout ce qui a pris forme, soit bon, soit mauvais, est fait pour ces abstractions qui existent dans le monde invisible, de telle sorte que les gens attachés à la forme perçoivent une partie de ces abstractions.

Les arbres, les jardins, les eaux vives sont comme une effluve du paradis spirituel , et les beautés apparentes, c’est-à-dire les jeunes gens et les femmes, témoignent aussi de l’existence des houris. La paix et la joie sont un indice des joies et de la paix de l’autre monde. « Dis : les biens de ce monde sont peu de choses » (Coran) (2)

Et c’est ainsi que par la « descente » coranique, dont les versets (âyât) signifie « signes », il nous est possible d’assentir la Parole Eternelle et que chacun peut recevoir la nourriture correspondant à sa capacité. Lorsque ceux qui « ont de la moëlle », c’est-à-dire l’intelligence du cœur, et non la seule intelligence analytique, méditent sur l’Ecriture divine, le Coran et le monde, alors les Signes de ces deux Livres s’interpellent, se font écho ; chacun n’exprime que l’Unique et renvoie au Sens.


 « Tous ce que les Prophètes apportèrent de sciences est revêtu de formes accessibles aux plus communes capacités afin que celui qui ne va pas au fond des choses s’arrête à ce vêtement et le prenne pour ce qu’il y a de plus beau, tandis que l’homme de compréhension subtile, le plongeur qui pêche les perles de la sagesse, sait indiquer pour quelle raison telle Vérité divine se revêtit de telle forme terrestre ; il évalue le vêtement et l’étoffe dont il est fait et reconnaît par lui tout ce qu’il recouvre, atteignant ainsi une science qui reste inaccessible à ceux qui n’ont pas la connaissance de cet ordre.

Dès lors que les Prophètes, les Envoyés et leurs héritiers savent qu’il y a dans le monde et dans leurs communautés des hommes possédant cette intuition, ils s’appuient en leurs démonstrations sur un langage concret, également accessible à l’élite comme à l’homme du commun, en sorte que l’homme d’élite en tire à la fois ce qu’en tire l’homme du commun et davantage, selon la mesure où le terme d’ «élu » (khâçç) s’applique réellement à lui et le distingue de l’aveugle, et c’est là (par cette compréhension intuitive) que les savants de distinguent les uns des autres ». (3)


Le Verbe, le Logos, est à la fois Pensée et Parole : en soi, Il est l’Intellect divin, qui est le « lieu des possibles » ; par rapport à nous, Il se manifeste et s’exprime par la Création, où se réalisent dans l’existence actuelle certains de ces mêmes possibles qui, en tant qu’essences, sont contenus en Lui de toute éternité. La Création est l’Oeuvre du Verbe ; elle est aussi, et par là même, sa manifestation, son affirmation extérieure ; et c’est pourquoi le monde est comme un langage divin pour ceux qui savent le comprendre (…)

Si le Verbe est Pensée à l’intérieur et Parole à l’extérieur, et si le monde est l’effet de la Parole divine proférée à l’origine des temps, la nature entière peut être prise comme un symbole de la réalité surnaturelle. Tout ce qui est, sous quelque mode que ce soit, ayant son principe dans l’Intellect divin, traduit ou représente ce principe à sa manière et selon son ordre d’existence; et, ainsi, d’un ordre à l’autre, toutes choses s’enchaînent et se correspondent pour concourir à l’harmonie universelle et totale, qui est comme un reflet de l’Unité divine elle-même. Cette correspondance est le véritable fondement du symbolisme et c’est pourquoi les lois d’un domaine inférieur peuvent toujours être prises pour symboliser les réalités d’un ordre supérieur, où elles ont leur raison profonde, qui est à la fois leur principe et leur fin. (4)


________________________________________
(1)
(1) « Symboles de la Science Sacrée » de René Guénon, chez Gallimard
(2) (Sultân Valad « Maître et disciple »)
(3) Ibn ul-‘Arabî « La Sagesse des Prophètes », Albin Michel
(4) Symboles de la Science Sacrée ‘Le Verbe et le symbole, p. 35, René Guénon.

 


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